Conclusion

par Michael Ravedoni

Mettre les individus en relation autour d’un but ou d’un projet communs est l’un des objectifs principaux du makerspace. Dans le cas contraire, son implémentation en bibliothèque ne saurait être d’un réel intérêt. Mettre sur pied un tel projet prend parfois jusqu’à cinq ans et se trouve être parsemé d’embûches : résistance du personnel et des décideurs ; incompréhension des publics ; accrocs techniques, logistiques et financiers. En établissant une stratégie claire et transparente tout en accompagnant le changement auprès des collaborateurs, il sera possible d’en retirer tous les bénéfices possibles. Dispenser un apprentissage frontal, apprendre en faisant, multiplier les points de contact, les points de vue, les approches et les portes d’entrée à la culture permettra de toucher un plus grand nombre d’individus. La confrontation entre les approches élitistes, populaires et actuelles de la culture donne naissance à une sensibilité plus large à l’égard du monde, d’où jaillit une compréhension holistique de la connaissance et de la culture. Énergiser corps et esprit tout en « contribuant au progrès spirituel de l’humanité » (UNESCO, 1994), voilà un objectif merveilleux de la bibliothèque.

Le modèle bibliothèque plateforme proposé dans ce travail est un canevas clé en main qui sert de cadre pour l’application et la concrétisation précises de projets en bibliothèque, tels que montrés avec le makerspace. Il sert de vision et de concept global. Mais par-dessus tout, il est une synthèse qui intègre les modèles et visions présentés préalablement, résumés dans les recommandations générales. Dans ces modèles et ces visions, la notion de bibliothèque troisième lieu est omniprésente. Elle y est déclinée de manière plus précise et sous des angles à chaque fois différents. Le modèle ne prétend en aucun cas réinventer ou révolutionner la bibliothèque. Il n’est qu’une proposition ne faisant que formaliser et actualiser, au travers d’un concept simple, les savoir-faire acquis depuis des centaines d’années par les bibliothécaires, en considérant les évolutions du XXIe siècle.

La création de ce modèle a par ailleurs permis de répondre à la question posée au début de ce travail : quelles sont les propositions concrètes qui vont permettre aux bibliothèques de relever les défis du XXIe siècle ? Nous l’avons dit, le modèle bibliothèque plateforme est l’une de ces propositions. La synthèse et les recommandations générales en sont également.

L’avenir des bibliothèques est-il donc en danger ? Après la lecture de ce travail, nous pouvons sérieusement en douter. Les nombreuses réflexions et les exemples d’applications déjà en place démontrent que ce n’est pas le cas. Les bibliothèques ont encore et toujours leur place dans notre société. Encore faut-il, bien évidemment, savoir faire évoluer les modèles et les mentalités. Comme l’a si bien dit David Lankes : « Les mauvaises bibliothèques ne créent que des collections. Les bonnes bibliothèques créent des services (et une collection n’est que l’un d’eux). Les excellentes bibliothèques créent des communautés » Traduction libre. Citation originale : « Bad libraries only build collections. Good libraries build services (and a collection is only one of many). Great libraries build communities. » . Il s’agit dès lors de ne plus uniquement se focaliser sur le triplet description-conservation-diffusion, mais de s’intéresser plus profondément à la notion de communauté. Sans pour autant renoncer au maintien des fonctions traditionnelles, les partenariats permettent à ceux qui possèdent les compétences et l’expertise que la bibliothèque n’a pas, d’exprimer tout leur potentiel. En voyant la bibliothèque comme l’addition bénéfique entre les bibliothécaires et la communauté, la bibliothèque devient une plateforme d’où jaillit la connaissance et la culture. La bibliothèque agit alors comme un facilitateur entre créateurs et utilisateurs de culture, puis comme un catalyseur ayant l’infrastructure nécessaire pour capitaliser et pérenniser cette culture. Outillés de leurs passions et de leurs expertises, les bibliothécaires deviennent les facilitateurs et les accompagnants qui huilent les rouages parfois grippés de l’imagination, de la création et de l’apprentissage au sein de la société.

Si la bibliothèque permet aux individus de s’ouvrir sur le monde, ne doit-elle pas, elle aussi, le faire ? Innover, créer et imaginer vont plus que jamais devenir des qualités inhérentes des bibliothèques et des bibliothécaires. Des bibliothèques aptes à jouer avec les tendances du moment et capables de relever continuellement les défis qui les attendent, feront prendre conscience à la société de leur nécessité et de leurs vertus. Elle se laissera alors plus facilement convaincre par les impulsions et la proposition d’un futur commun que les bibliothèques seront capables de mettre en place. La bibliothèque pourra alors devenir un moteur de la transition de la société de la connaissance vers la société des communs. Un réseau de bibliothèques plateformes mettra directement en relation les communautés locales de chaque bibliothèque. Les bibliothèques deviendront alors les hubs locaux, nationaux et internationaux à partir desquels les découvertes, les idées, les connaissances et les cultures locales et spécifiques se verront aisément diffusées, reproduites, réinterprétées et créées encore plus simplement qu’aujourd’hui. Chaque bibliothèque ayant ses spécificités, le réseau sera composé de communautés d’experts situées aux quatre coins du monde qui partageront et créeront ensemble leur futur commun.

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