Library as platform

par Michael Ravedoni

La bibliothèque en tant que plateforme (Library as platform) est une vision de la bibliothèque qui a été synthétisée par David Weinberger (2012). Tout d’abord qu’est-ce qu’une plateforme ? Voulant littéralement dire « surface plane », ce terme signifie toute autre chose en informatique (Andreessen, 2007) Traduction libre. Citation originale : A "platform" is a system that can be programmed and therefore customized by outside developers — users — and in that way, adapted to countless needs and niches that the platform's original developers could not have possibly contemplated, much less had time to accommodate. :

Une "plateforme" est un système qui peut être programmé et donc personnalisé par des développeurs externes — des utilisateurs — et ainsi adapté à d'innombrables besoins et niches que les développeurs originaux de la plateforme n'auraient pas pu envisager, et encore moins pu intégrer par manque de temps.

Weinberger (2012) rajoute qu’une plateforme est : un ensemble de ressources — services, données, outils — qui permet aux développeurs indépendants de créer des applicationsIdem. Citation originale : a set of resources — services, data, tools — that enable independent developers to create applications.. Transposée à la bibliothèque, la plateforme devient un lieu virtuel ou physique créé par les bibliothécaires proposant un ensemble de ressources, de services et d’outils permettant aux usagers de créer d’autres ressources adaptées à l’évolution de la communauté dans le but d’alimenter la plateforme. Les bibliothèques hébergent les collections (ressources), mais également des métadonnées, des relations, une expertise, etc. En parlant de plateforme, ces éléments font partie intégrante des collections. Pour Weinberger (2012), les bibliothèques sont encore trop centrées sur l’accès aux ressources présentes dans les collections et seulement cela. Il leur manque deux composantes pour devenir des plateformes à part entière :

  • donner accès à tout ce qu’elles possèdent : les collections classiques (livres, articles, e-books, musique, vidéos, etc.), les collections de leur réseau et des institutions partenaires (bibliothèques, musées, écoles, administrations, etc.), les jeux de données de leur catalogue, mais également les jeux de données du gouvernement (Open government data), les expertises locales (passionnés, experts, associations, savoir-faire), les outils physiques et les bibliothécaires ou plutôt l’expertise des bibliothécaires eux-mêmes. Le but est non seulement de fournir l’accès, mais de rendre compréhensibles ces ressources, d’aider à leur compréhension, de les certifier, de les documenter, de les agréger, d’aider les usagers à naviguer à travers elles. Donner accès signifie également proposer les services qui vont avec. L’OPAC en ligne, le desk de la bibliothèque physique, l’outil de questions/réponses sont essentiels. L’accès à une API (application programming interface) ouverte, documentée et interopérable permet la diffusion des métadonnées, des ressources et des relations sémantiques (ressources similaires, popularité, recommandations, notes, commentaires, etc.) ;

  • développer les connaissances de la communauté : l’expérience des communautés de développeurs sur le Web a montré que plus les plateformes sont claires et ouvertes, plus il y a de développements, plus il y a de développeurs. Ce qui engendre plus d’interactions et d’innovations, mais aussi plus de soutien pour de nouveaux projets. Le même phénomène peut se produire en bibliothèque, la participation amenant la participation. Ce cercle vertueux dévoile un objectif en soi : mettre à disposition de la communauté à partir de ce que la communauté nous offre. Afin que cela fonctionne de manière optimale, il est nécessaire que toutes ces ressources soient accessibles à partir d’un seul point d’accès.

Une partie des usagers développera des applications accessibles à tous grâce aux API de la bibliothèque. Une autre partie rassemblera des ressources afin de créer ses propres collections. Une autre partie utilisera la plateforme comme moyen de publication de ses propres œuvres (mémoires, essais, articles, photos, etc.). D’autres participeront à la correction de métadonnées, la rédaction de critiques, publieront des recommandations, bref étofferont et compléteront la plateforme avec des liens sémantiques et des ressources dérivées. Enfin, une large partie discutera des connaissances ainsi créées au travers de débats formels et informels, physiques ou virtuels, à la bibliothèque ou en privé.

Bien que grâce au Web une plateforme soit accessible de n’importe où, il est nécessaire de mettre l’accent sur la ou les communautés que la bibliothèque dessert. Il est donc nécessaire de définir au préalable quelles sont-elles.

Vous l’aurez compris, le modèle de bibliothèque en tant que plateforme permet à la bibliothèque de devenir une plateforme d’apprentissage social où les gens, soutenus par les ressources de la bibliothèque, peuvent échanger des idées, travailler ensemble, discuter, négocier et cocréer. Les visiteurs de la bibliothèque viendront non seulement pour apprendre, mais aussi pour partager leurs connaissances (Cohen et al., 2014) Traduction libre. Citation originale : The library can become a platform for social learning where people, supported by library resources, can exchange ideas, work together, discuss, negotiate and co-create. Visitors to the library will come not just to learn, but also to share knowledge.. De ce fait, le modèle de bibliothèque troisième lieu se rapproche à bien des aspects de la bibliothèque plateforme. L’espace physique devient en effet plateforme en fournissant l’infrastructure nécessaire : salles de conférences, espaces d’exposition, espaces des rencontres informelles, lieux de rassemblement, espaces de création (makerspace, ateliers), etc. (Müller, 2017, p. 73).

La bibliothèque plateforme donne aussi la possibilité aux membres de la communauté d’exposer et de promouvoir leurs propres œuvres, développements, contributions et travaux. Que ce soit des applications, des jeux de données, des listes de références, de la curation de contenu, des livres, des tableaux ou des mémoires, une plateforme à la fois physique et virtuelle permet de renforcer le sentiment d’appartenance à sa communauté et de pérenniser la mémoire collective.

Une plateforme supporte également le modèle de partage de ressources. Les membres d’une communauté possèdent tous des ressources chez eux. Le modèle de partage profite à chacun dans le sens où chacun a accès aux ressources des autres à moindres coûts (Müller, 2017). Pour comprendre, il faut distinguer le prêt du partage. Le prêt n’est pas le partage : si nous invitons quatre invités pour dîner, nous prévoyons une certaine quantité de nourriture. Si une cinquième personne s’invite, il va nous manquer de la nourriture. Nous devons alors en racheter. Cela s’apparente au système de prêt. Maintenant, nous décidons d’organiser un souper canadien. Nous mettons à disposition l’espace et les boissons, mais chacun apporte un plat. En plus du fait que la nourriture sera plus variée et en plus grande quantité, il nous sera possible d’intégrer un invité « surprise » très aisément (Lankes, 2016, p. 117) (Lankes, 2014a) Traduction libre. Citation originale : A sharing model says the community is full of information assets (books, letters, photos, ideas, expertise, stories, music); let's build a platform to allow community members to easily share with each other. Lending will lead a library to obsolescence as demand increases, information resources costs escalate, and the library collections looks more and more like everywhere else instead of like the community itself. :

Un modèle de partage implique que la communauté soit pleine de ressources informationnelles (livres, lettres, photos, idées, expertise, histoires, musique) ; construisons une plateforme pour permettre aux membres de la communauté de partager facilement les uns avec les autres. Les prêts vont conduire une bibliothèque à l'obsolescence à mesure que la demande augmente, que les coûts des ressources informationnelles augmentent, et que les collections de la bibliothèque ressemblent de plus en plus à celles des autres bibliothèques au lieu de ressembler à la communauté elle-même.

Le concept de bibliothèque plateforme peut sembler quelque peu abstrait, mais ne l’est pas du tout. S’il est complexe à mettre en place, petit à petit il permettra de répondre aux nombreux défis qui attendent les bibliothèques (Lankes, 2012, p. 76) Traduction libre. Citation originale : The new view of the library is not as place, or as collection, but as a community platform for knowledge creation and sharing. This is more than just a rhetorical shift. It has real implications for how libraries organize themselves and how they use technology. :

La nouvelle vision de la bibliothèque n'est pas un lieu ou une collection, mais une plateforme communautaire de création et de partage de connaissances. C'est plus qu'une simple manipulation rhétorique. Cela a des implications réelles sur la manière dont les bibliothèques s'organisent et utilisent la technologie.

Bibliothèque Louise-Michel, Paris

Bibliothèque de quartier, ce lieu mêle espaces bruyants et calmes dans un esprit convivial, et prône le « comme à la maison ». Chaque bibliothécaire peut proposer, mettre sur pied et tester ses idées et ses projets. Le droit à l’erreur est totalement permis ! Les processus de codécision, la proactivité et la coresponsabilité stimulent l’équipe entière. Les habitants du quartier ne sont pas en reste puisqu’ils animent et s’occupent avec l’aide des bibliothécaires de la majorité des activités : café-débats, jardin, aide aux devoirs, ciné-habitants, etc.

Polaris Community Profiles

Polaris Community Profiles est un logiciel d’IIIInnovative Interfaces Inc. a racheté VTLS en 2014. Cette société a donc naturellement repris le produit Virtua ILS qui n'est autre que le SIGB de RERO dont fait partie la Médiathèque Valais. qui s’associe à l’OPAC et qui permet d’intégrer les communautés dans le catalogue. Les communautés peuvent créer leurs profils, leurs événements et leurs ressources qui s’afficheront de la même manière qu’un livre ou qu’un film dans les résultats de recherche. L’intérêt réside également dans la possibilité d’intégrer les activités offertes par les différentes communautés sur le site de la bibliothèque. Les ressources, les créations ou les formations sont directement mises en ligne par la communauté qui les a conçues. Ainsi, la visibilité, la cohérence et la maintenance du catalogue deviennent d’elles-mêmes partagées et participatives (Lankes, 2012, p. 76‑78).

Tabakalera — UBIK Creation library, San Sebastián

L’objectif du centre culturel de Tabakalera est d’encourager et de permettre la création et le partage culturel sous un même toit. La bibliothèque UBIK met spécifiquement à disposition un plateau de tournage, une salle d’enregistrement, un salon de lecture, une scène, des espaces de visionnage de films et d’écoute musicale. À travers ses programmes, elle offre également des formations, des ateliers et des séminaires sur les thèmes de l’autoédition, des jeux vidéo, du cinéma, du son et des nouvelles technologies. Les impulsions proviennent majoritairement des bibliothécaires et des usagers eux-mêmes.

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