Bibliothèques du XXIe siècle

par Michael Ravedoni

Ce premier chapitre est dédié à la compréhension de la bibliothèque du XXIe siècle au travers de son étymologie, des chartes qui existent et des cadres légaux à l’international, en Suisse, puis en Valais. Puis, nous évoquerons les missions ainsi que l’importance des bibliothèques dans notre société. Par ce moyen, le but est de construire une base commune sur laquelle construire petit à petit notre pensée.

Vous avez dit « bibliothèque » ?

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de bibliothèque ? Si le mot est courant dans notre langage, a-t-il la même signification pour tous ? Il est fort probable que celle-ci diffère selon que nous soyons informaticiens, étudiants ou bibliothécaires. Essayons de clarifier cela dès à présent. En grec ancien, le mot bibliothèque (βιβλιοθήκη) signifie « coffre, armoire à livres » . Ainsi, historiquement la bibliothèque ne représente ni le concept d’institution ni le concept de bâtiment. Ce n’est qu’au XVIe siècle que la signification du mot évolue progressivement vers celle que l’on connaît communément aujourd’hui : un lieu réservé aux livres. Si, dans le monde latin et germanophone, nous utilisons le mot bibliothèque, ce n’est pas le cas dans le monde anglo-saxon où le mot library est employé. Qu’en est-il donc de l’étymologie du mot librairie? Le motlibrairieDès le XXe siècle, le mot librairie désigne en français un commerce dont le rôle principal est la vente de livres. vient de l’adjectif latin librarius, « relatif aux livres ». Le même substantif féminin libraria renvoie à une collection de livres. Quant à librarium, substantif neutre, il signifie « le meuble à livres » .

Ainsi, ces deux mots, bibliothèque et librairie, sont tous deux étroitement liés d’abord aux parchemins, aux rouleaux, aux manuscrits, puis aux livres. Impossible de s’en défaire étymologiquement. En français, c’est le terme de bibliothèque qui est retenu. Du meuble (armoire ou coffre), l’acception du terme grandit petit à petit à la pièce où le meuble se trouve. Elle grandit ensuite au bâtiment où se trouve la pièce, puis à l’institution elle-même. Aujourd’hui, la bibliothèque évoque, pour le commun des mortels, un lieu plus ou moins vaste où sont entreposées des collections d’objets, généralement des livres.

Par métonymie, le terme de bibliothèque ou de librairie renvoie également à une collection de livres. On l’utilise également pour désigner un ensemble de livres publiés chez un même éditeur et présentant des caractéristiques communes . En informatique, une bibliothèque ou librairie est un ensemble de fonctions, regroupées et mises à disposition de la communauté dans le but de pouvoir les réutiliser sans avoir à les réécrire.

Après avoir vu que la bibliothèque était, en Antiquité, le meuble, puis le lieu où l’on rangeait le savoir écrit, nous avons découvert que la signification du terme bibliothèque avait peu à peu évolué vers le lieu, puis l’institution où se trouvait ce meuble. Si la bibliothèque renvoie aujourd’hui encore dans l’inconscient collectif aux livres, elle ne se limite pourtant pas qu’aux livres.

Chartes

Dans le sens d’institution, il existe plusieurs types de bibliothèques : bibliothèques publiques, académiques, scolaires, nationales et centres de documentation. La définition et les missions diffèrent selon le type de bibliothèque, l’environnement, le lieu et le contexte dans lesquels elles sont implantées. Précisément, dans presque la majorité des cas, les bibliothèques académiques et nationales ont des statuts et règlements bien précis qui définissent leurs contextes et les missions qu’elles occupent. Cependant, dans le cas des bibliothèques publiques, c’est l’organe ou la collectivité responsable de la bibliothèque qui définit ce cadre : le cadre légal (voir section 3.3). Dans bien des cas, ce cadre est flou ou non défini. C’est pourquoi il existe des chartes ayant une portée internationale ou nationale qui incitent à la réflexion et font acte d’engagement envers la collectivité (Enssib, 2012).

International

Ainsi, l’UNESCO et l’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) définissent en 2001 la bibliothèque publique en ces termes :

« […] une organisation créée, soutenue et financée par la communauté, soit par les autorités locales, régionales ou nationales, soit à travers quelque autre forme d’institution communautaire. Elle donne accès au savoir, à l’information et aux œuvres de l’imagination grâce à une série de ressources et de services qui sont également accessibles à tous les membres de la communauté sans distinction de race, de nationalité, d’âge, de sexe, de religion, de langue, de statut physique (invalidité), économique (avec ou sans emploi) et éducationnel. »

(IFLA, 2001)

Cette définition nous renseigne sur plusieurs points : il existe un lien fort entre la bibliothèque et sa communauté ; les collections d’une bibliothèque ne sont pas nécessairement des livres, mais peuvent être de toute autre nature ; la bibliothèque propose des services ; la bibliothèque est accessible librement par tous les publics.

Le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique de 1994, qui fait souvent office de référence, décrit les intentions des bibliothèques publiques. En introduction, les auteurs proclament avec conviction que :

« […] la bibliothèque publique est une force vivante au service de l’éducation, de la culture et de l’information et un moyen essentiel d’élever dans les esprits les défenses de la paix et de contribuer au progrès spirituel de l’humanité. »

Dans la Charte des bibliothèques adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991, la bibliothèque est définie comme « un service public nécessaire à l’exercice de la démocratie. Elle doit assurer l’égalité d’accès à la lecture et aux sources documentaires pour permettre l’indépendance intellectuelle de chaque individu et contribuer au progrès de la société » (CSB, 1991, art. 3).

Suisse

En Suisse, la production de chartes ou de visions concernant les bibliothèques est bien moins abondante qu’à l’international. Dès 1990, ni le projet « Info 2000 » ni le groupe de travail créé par laConférence suisse des directeurs de l’instruction publique visant à fédérer les acteurs de l’information en Suisse n’ont réussi à émettre une vision globale — les grandes bibliothèques scientifiques souhaitant garder leur hégémonie (Cordonier et al., 2016, p. 21). En attendant, la Commission de la Bibliothèque nationale suisse a rédigé en 2010 la Charte des bibliothèques suisses. Dans ce document, la mission d’une bibliothèque est décrite comme suit :

« Au service du citoyen comme de la collectivité, [les bibliothèques] incarnent un rôle essentiel de maintien de la cohésion sociale dans un monde qui gagne en complexité et en diversité. Les bibliothèques offrent un véritable service public pour toutes les couches de la population qui sont en recherche de formation, de divertissement ou d’identité culturelle. »

(Commission de la Bibliothèque nationale suisse, 2010)

Par rapport au reste de l’Europe et encore plus par rapport au monde anglo-saxon, la Suisse reste dans l’ensemble bien en retard en matière d’innovation et de création de nouveaux paradigmes. En effet, dans ce document, la vision de la bibliothèque s’intègre mal dans l’air du temps et reste encore bien axée sur le XXe siècle. Espérons que cela puisse évoluer dans les prochaines années !

Valais

Elément assez rare pour ne pas le citer, le service de la culture de canton du Valais s’est doté d’une charte en 2017. Avec lui, toutes les institutions rattachées au service ont également franchi le pas, dont la Bibliothèque cantonale, maintenant connue sous le nom de Médiathèque Valais (Médiathèque Valais, 2016). Cette charte précise la raison d’être, les valeurs, la vision et les engagements de l’institution vis-à-vis de la population et des citoyens.

Cadres légaux

Les bibliothèques publiques appartiennent dans la plupart des cas aux collectivités : communes, cantons (départements) ou nations. Afin de légitimer et encadrer leur raison d’être et leurs activités auprès de la population, bien souvent, l’instance législative correspondante édicte des lois ou règlements : les cadres légaux.

Suisse

En Suisse, il existe une loi qui concerne la Bibliothèque nationale : la Loi sur la Bibliothèque nationale (LBNS). Pour le moment, bien que cette loi lui confie une mission de coordination (art. 10), le texte n’évoque aucunement le reste des bibliothèques publiques suisses. Il est donc du ressort des cantons et des communes d’édicter des cadres légaux pour leurs institutions.

Valais

En 1996, le Valais s’est doté d’une Loi cantonale sur la promotion de la culture. Le mandat des bibliothèques valaisannes s’appuie sur ce texte en particulier dont découlent ensuite tous les règlements, les directives, les chartes et les plans de développement publiés. La Loi sur la promotion de la culture du 15 novembre 1996 définit la mission et les buts de la Bibliothèque cantonale devenue aujourd’hui la Médiathèque Valais. L’article 32 annonce sa mission et l’article 33 quant à lui, présente les buts de la bibliothèque.

Il est plutôt rare qu’une loi énumère si clairement la mission et les buts d’une bibliothèque de lecture publique. Malgré cela et afin d’aller plus loin, le Règlement sur la promotion de la culture du 10 novembre 2010 reprend ces axes principaux et, sous l’autorité du Service de la Culture, en fixe les modalités d’application (État du Valais, 2010, art. 1). Quelques années plus tard sont édictées des directives relatives aux bibliothèques communales/intercommunales et scolaires, mais également une quatrième version Le Plan directeur des bibliothèques 2018 est actuellement en consultation. du plan directeur des bibliothèques (après ceux de 2001, 2007 et 2012). Ce plan « a pour objectif de déterminer un cadre cohérent qui permet aux autorités cantonales […] et communales de prendre leurs décisions en conciliant les intérêts spécifiques de chaque bibliothèque prise isolément avec l’intérêt général du système documentaire valaisan, particulièrement celui de ses clients » (Département de l’éducation, de la culture et du sport, 2012).

Missions

Les bibliothèques sont des institutions souvent centenaires et ont une origine millénaire. Pourtant, le rôle, les missions et les fonctions qu’occupent les bibliothèques restent souvent très flous à la fois pour les usagers, mais également pour les décideurs. Contrairement aux pays anglo-saxons, la bibliothèque doit encore se légitimer et s’expliquer en Suisse (Bertrand, 2011, p. 67).

Les missions des bibliothèques découlent des chartes et des cadres légaux. La plupart de ces derniers ont été écrits entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe. En observant les services offerts par la majorité des bibliothèques suisses, nous constatons que les missions historiques héritées du XXe siècle sont bien ancrées dans les pratiques bibliothéconomiques. On peut classer ces missions dans trois catégories distinctes (Salaün, 2009, p. 30) : agréger l’information, mettre à disposition et créer du lien. Les missions ordonnées dans ces trois catégories peuvent être concrétisées sous différents rôles ou fonctions.

Agréger l’information

La bibliothèque sélectionne, acquiert, organise, conserve et gère des collections physiques ou virtuelles . Elle fait ensuite en sorte que ces collections puissent circuler de manière physique (prêt aux usagers ou aux autres bibliothèques) ou atteignent le public (libre accès, expositions, vitrines, catalogues, etc.). La fonction première qui en découle est la fonction patrimoniale. La bibliothèque conserve manuscrits, imprimés anciens, livres d’artistes, œuvres d’auteurs locaux, journaux locaux, etc. Elle a pour but de pérenniser, entretenir et enrichir la mémoire locale (Bertrand, 2011, p. 69). Vient ensuite la fonction de réservoir d’informations. Elle a dans ses collections des œuvres littéraires, des ouvrages documentaires, des partitions, une discothèque, une cinémathèque, une artothèque, etc. Elle propose bien souvent des abonnements aux magazines, aux revues et à la presse ainsi qu’aux bases de données (Bertrand, 2011, p. 75).

Pour Jacques Cordonier, la bibliothèque est « d’abord un agrégateur » de l’information (Cordonier et al., 2016, p. 23). À elle de faire en sorte d’agréger l’information de manière à offrir une plus-value économique ou intellectuelle à ses publics. Selon lui, la bibliothèque « peut être un animateur et un leader dans la construction participative du savoir ». La vision qui émerge ici est celle d’une bibliothèque qui rassemble dans ses collections l’information et l’agrégeant de manière intelligente pour en faire profiter ses publics. Mais, elle fait également en sorte de mettre en place les outils et processus nécessaires pour permettre à ces mêmes publics qui « consomment » l’information de la créer.

Mettre à disposition

La bibliothèque est aussi un lieu physique ou virtuel. Dans ce lieu, elle met à disposition du public toutes sortes de services et d’infrastructures dans le but d’enrichir l’usager intellectuellement ou culturellement à partir de ses collections. L’infrastructure peut être mise à disposition sous forme d’espaces (Cordonier et al., 2016, p. 115) : espaces propices au travail intellectuel et à la lecture, espaces de travail, espaces collaboratifs ou de réunion, espaces de récréation ou de loisirs.

Les services proposés peuvent être en relation directe avec les collections : aide à la recherche, prêt à domicile, prêt entre bibliothèques. Les services sont parfois d’ordre matériel : ordinateurs, photocopieurs, scanneurs, matériel média (caméras, appareils photographiques, trépieds, instruments de musique), machines, etc. Mais souvent, la bibliothèque offre aux usagers un accès aux ordinateurs et à Internet (avec un soutien technique de base), ainsi qu’un accès aux technologies multimédias basiques et avancées permettant d’enregistrer, d’afficher, d’éditer et d’imprimer les médias (photos, musique, cinéma, artisanat) (Levien, 2011, p. 13).

Créer du lien

La bibliothèque est avant tout présente afin de créer du lien entre les collections, entre les collections et l’usager et entre les usagers. La création de liens offre à l’usager la possibilité de s’enrichir intellectuellement ou culturellement. Pour se faire, il est primordial de l’accompagner dans son processus. Ainsi, la bibliothèque possède une fonction éducative ou d’apprentissage : support scolaire et universitaire pour la rédaction de travaux, aide pour la reconversion professionnelle, l’apprentissage de langues, l’autoformation, l’autodidaxie, etc.

La bibliothèque est également le lieu qui permet la réduction des fractures sociales, technologiques et économiques qui existent entre les individus. Lieu neutre et social, elle est accessible sans formalité et (le plus souvent) gratuitement. Par le biais d’expositions, de conférences, de discussions, le partage d’espaces de travail et d’espaces de débats (Cordonier et al., 2016, p. 115), la bibliothèque est un lieu qui permet la rencontre, l’imagination, l’ouverture, la construction de soi, la formation d’un esprit critique et la confrontation des opinions (Bertrand, 2011, p. 70 et 76).

Accéder, collecter, connecter, découvrir et créer

La California State Library a créé une infographiePour des raisons de mise en page, l'infographie se trouve dans l'annexe 1, Figure 6. dans laquelle elle a identifié, puis catégorisé les missions de la bibliothèque. La particularité de cette classification est qu’elle a été conceptualisée with the user in mind (avec l’usager en tête). Ainsi, la bibliothèque est perçue comme jouant des rôles clés et adaptés à sa communauté (California State Library, 2015) :

  • Accéder (Access) : Dans une démocratie, la croyance est qu’un citoyen informé crée des individus et une communauté prospères. Les bibliothèques assurent donc l’accès aux collections.

  • Collecter (Collect) : La bibliothèque recueille le patrimoine local et l’information dont les générations d’aujourd’hui et de demain ont besoin afin de connaître le contexte dans lequel elles vivent.

  • Connecter (Connect) : Les bibliothèques sont des hubs (noyaux, plateforme) de communication qui connectent les personnes, les collections et les idées.

  • Découvrir (Discover) : La bibliothèque autorise la découverte d’informations et fait émerger de nouvelles idées permettant l’apprentissage, l’innovation et l’essor de la communauté.

  • Créer (Create) : La bibliothèque est un lieu qui aide les personnes à devenir non plus consommatrices, mais également créatrices de contenu à travers les textes, le son et les images.

L’infographie illustre et décrit ces rôles clés par de nombreuses applications implémentées dans les bibliothèques. L’identification de ces cinq catégories est intéressante, car elle diffère de notre vision habituelle. La bibliothèque n’est plus perçue du point de vue métier comme un lieu offrant des services pour des publics, mais comme un lieu communautaire jouant des rôles avec une communauté.

Pourquoi des bibliothèques ?

L’utilité de la bibliothèque n’est pas unanimement reconnue. Les élus et le public jettent parfois le doute sur la nécessité de la bibliothèque qu’ils considèrent en doublon par rapport à Internet. Au-delà du coût et de la baisse des prêts, « la bibliothèque pose la question de sa légitimité, de sa place dans la société de la connaissance, dans le monde culturel [et] dans le monde informationnel. [Mais elle pose] aussi la question de l’avenir des institutions, du service public ou de l’espace public » (Bertrand, 2011, p. 105). Grand défenseur des bibliothèques, David Lankes propose sept clés pour saisir leur importance (Lankes, 2016, p. 103‑114 ; 2012, p. 9‑25) :

  • Agent d’achat collectif : souvent organisées en consortium, les bibliothèques représentent un moyen simple d’acquérir des ressources chères, mais nécessaires, qu’elles partagent ensuite librement avec l’ensemble de la communauté ;

  • Stimulus économique: elles fournissent un retour sur investissement économique entre 2 et 7 points (Anstice, 2012 ; NorthStar Economics, 2008 ; Touitou, 2016) et aident à la création de start-ups ;

  • Centre d’apprentissage : elles sont les « universités » ouvertes à tous et gratuites de la communauté ­— et jouent un rôle dans l’alphabétisation, la promotion de la lecture et la littératie ;

  • Filet de sécurité : elles sont aux premières loges pour la détection des besoins et problèmes locaux par leur connaissance du public et des usagers. De plus, elles sont des refuges physiques et informationnels pour les personnes qui souhaitent se reconvertir professionnellement, cherchent un emploi ou ont besoin d’un temps de réconfort ;

  • Héritier du patrimoine culturel : elles conservent notre histoire, notre mémoire locale et globale et les rendent accessibles aux générations futures ;

  • Berceau de la démocratie : une démocratie implique d’avoir des citoyens informés et éduqués demandant de l’information et des procédures transparentes et accessibles. La bibliothèque en est généralement la garante par la promotion de la liberté d’expression et de la liberté intellectuelle ;

  • Symbole des aspirations communautaires: bâtiment public, l’objet urbain et architectural abrite la connaissance et le savoir au centre de la cité. Il symbolise ainsi la manière dont la communauté se comporte et se positionne vis-à-vis de la culture et de l’information (Levien, 2011, p. 13 ; Bertrand, 2011, p. 82, 112), mais aussi vis-à-vis de ses aspirations et désirs profonds.

Neutralité et gratuité

Nous souhaitons surtout insister sur un aspect qui nous semble important : le lieu neutre et gratuit qu’est la bibliothèque. Les dimensions de neutralité, de non-jugement et de gratuité sont des notions que l’on retrouve dans (presque) toutes les bibliothèques et parfois dans les lieux religieux. Un jeune cubain a confié à Jacques Cordonier un jour : « Lorsque je suis arrivé à Sion, il y a deux endroits où l’on ne m’a pas demandé mes papiers et où l’on ne m’a pas fait payer : la cathédrale et la médiathèque » (Cordonier et al., 2016, p. 29). Le code éthique des professionnels suisses est clair : tous les citoyens peuvent utiliser les services de la bibliothèque sans aucune restriction ethnique, économique ou sociale (BIS, 2013). De plus, la bibliothèque est un lieu neutre et à but non lucratif. Il ne sert donc pas directement les intérêts de l’État ou de l’économie marchande (Cohen et al., 2014, p. 21). En effet, la bibliothèque est le lieu, à notre connaissance le seul, où les obstacles économiques, techniques et culturels s’atténuent. Un lieu où le statut social n’est plus apparent, et donc où la confidentialité et la neutralité de traitement sont assurées (BIS, 2013).

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