Qu'est-ce qu'une bibliothèque ?

· par Michael Ravedoni

Selon que l’on soit informaticien, étudiant, contribuable, politicien ou bibliothécaire, le sens de ce terme est interprété et imaginé d’une infinité de manières différentes. Vous avez dit « bibliothèque » ? Nous allons tenter de définir « bibliothèque ». La bibliothèque peut être définie à la foi par son étymologie, ses missions et son histoire. C’est ce que nous allons faire successivement, après quoi nous synthétiserons cela dans une proposition de définition.

Cet article est principalement issu du travail de Bachelor écrit par l'auteur lui-même. De nombreuses parties en sont directement tirées telles quelles.

Ethymologie

En grec ancien, le mot bibliothèque (βιβλιοθήκη) signifie « coffre, armoire à livres » . Ainsi, historiquement la bibliothèque ne représente ni le concept d’institution ni le concept de bâtiment. Ce n’est qu’au XVIe siècle que la signification du mot évolue progressivement vers celle que l’on connaît communément aujourd’hui : un lieu réservé aux livres. Si, dans le monde latin et germanophone, nous utilisons le mot bibliothèque, ce n’est pas le cas dans le monde anglo-saxon où le mot library est employé. Qu’en est-il donc de l’étymologie du mot librairie ? Le mot librairie1 vient de l’adjectif latin librarius, « relatif aux livres ». Le même substantif féminin libraria renvoie à une collection de livres. Quant à librarium, substantif neutre, il signifie « le meuble à livres » .

Ainsi, ces deux mots, bibliothèque et librairie, sont tous deux étroitement liés d’abord aux parchemins, aux rouleaux, aux manuscrits, puis aux livres. Impossible de s’en défaire étymologiquement. En français, c’est le terme de bibliothèque qui est retenu. Du meuble (armoire ou coffre), l’acceptation du terme grandit petit à petit à la pièce où le meuble se trouve. Elle grandit ensuite au bâtiment où se trouve la pièce, puis à l’institution elle-même. Aujourd’hui, la bibliothèque évoque, pour le commun des mortels, un lieu plus ou moins vaste où sont entreposées des collections d’objets, généralement des livres.

Par métonymie, le terme de bibliothèque ou de librairie renvoie également à une collection de livres. On l’utilise également pour désigner un ensemble de livres publiés chez un même éditeur et présentant des caractéristiques communes . En informatique, une bibliothèque ou librairie est un ensemble de fonctions ,regroupées et mises à disposition de la communauté dans le but de pouvoir les réutiliser sans avoir à les réécrire.

Après avoir vu que la bibliothèque était, en Antiquité, le meuble, puis le lieu où l’on rangeait le savoir écrit, nous avons découvert que la signification du terme bibliothèque avait peu à peu évolué vers le lieu, puis l’institution où se trouvait ce meuble. Si la bibliothèque renvoie aujourd’hui encore dans l’inconscient collectif aux livres, elle ne se limite pourtant pas qu’aux livres.

Missions

Lire la section Missions du chapitre Bibliothèques du XXIe siècle de mon travail de Bachelor pour un plus grand développement.

Les missions des bibliothèques découlent des chartes et des cadres légaux. En effet, c’est bien souvent ces documents qui définissent les missions des bibliothèquesLes missions sont bien souvent définies par la collectivité responsable de la bibliothèque (commune, canton ou pays). Dans bien des cas pourtant, ce cadre est flou ou non défini. C’est pourquoi il existe des chartes ayant une portée internationale ou nationale qui incitent à la réflexion et font acte d’engagement envers la collectivité .. L’analyse et la synthèse de ces différentes chartes et cadres légaux nous permettent de faire ressortir des éléments communs. Ces éléments peuvent ensuite être catégorisés dans le but de créer un panorama des missions génériques des bibliothèques. Ainsi, nous pouvons classer ces missions dans trois catégories distinctes : agréger l’information, mettre à disposition et créer du lien.

Agréger l’information

La bibliothèque sélectionne, acquiert, organise, conserve et gère des collections physiques ou virtuelles . Elle fait ensuite en sorte que ces collections puissent circuler de manière physique (prêt aux usagers ou aux autres bibliothèques) ou atteignent le public (libre accès, expositions, vitrines, catalogues, etc.). La fonction première qui en découle est la fonction patrimonialeLa bibliothèque conserve manuscrits, imprimés anciens, livres d’artistes, œuvres d’auteurs locaux, journaux locaux, etc. Elle a pour but de pérenniser, entretenir et enrichir la mémoire locale .. Vient ensuite la fonction de réservoir d’informationsElle a dans ses collections des œuvres littéraires, des ouvrages documentaires, des partitions, une discothèque, une cinémathèque, une artothèque, des magazines, des journaux, des accès aux bases de données, etc. .

La bibliothèque rassemble ensuite dans ses collections l’information et l’agrégeant de manière intelligente pour en faire profiter ses publics. Mais, elle fait également en sorte de mettre en place les outils et processus nécessaires pour permettre à ces mêmes publics qui « consomment » l’information de la créer .

Mettre à disposition

Qu’elle soit physique ou virtuelle, la bibliothèque met aussi à disposition du public toutes sortes de services et d’infrastructures dans le but d’enrichir l’usager intellectuellement ou culturellement à partir de ses collections. L’infrastructure peut être mise à disposition sous forme d’espaces : espaces propices au travail intellectuel et à la lecture, espaces de travail, espaces collaboratifs ou de réunion, espaces de récréation ou de loisirs.

Créer du lien

Enfin, la bibliothèque existe avant tout afin de créer du lien entre les collections, entre les collections et l’usager et entre les usagers. La création de liens offre à l’usager la possibilité de s’enrichir intellectuellement ou culturellement. Pour se faire, il est primordial de l’accompagner dans son processus. Ainsi, la bibliothèque possède une fonction éducative ou d’apprentissage: support scolaire et universitaire pour la rédaction de travaux, aide pour la reconversion professionnelle, l’apprentissage de langues, l’autoformation, l’autodidaxie, etc.

Voilà les trois catégories de missions que l’on peut tirer des chartes et cadres légaux traditionnels. Cette classification peut bien évidemment être sujette à discussion et à modification, mais elle permet d’aisément se faire une idée globale des missions des bibliothèques.

Proposition de définition

Si les chartes internationales de l’IFLA et de l’UNESCO proposent une définition de la bibliothèque (et plus particulièrement de la bibliothèque publique), elles manquent à mon goût de passion. Ainsi, l’UNESCO et l’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) définissent en 2001 la bibliothèque publique en ces termes  :

[…] une organisation créée, soutenue et financée par la communauté, soit par les autorités locales, régionales ou nationales, soit à travers quelque autre forme d'institution communautaire. Elle donne accès au savoir, à l'information et aux œuvres de l'imagination grâce à une série de ressources et de services qui sont également accessibles à tous les membres de la communauté sans distinction de race, de nationalité, d'âge, de sexe, de religion, de langue, de statut physique (invalidité), économique (avec ou sans emploi) et éducationnel.

Le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique de 1994, fait preuve d’un peu plus de conviction et de dévotion  :

[…] la bibliothèque publique est une force vivante au service de l'éducation, de la culture et de l'information et un moyen essentiel d'élever dans les esprits les défenses de la paix et de contribuer au progrès spirituel de l'humanité.

Je pense sincèrement que nous pouvons trouver une définition plus fédératrice de ce qu’est une bibliothèque. Avec le développement effectué jusqu’ici dans cet article, je propose la définition de la bibliothèque suivante :

La bibliothèque est un outil faisant partie de l’institution ou de la communauté à laquelle elle appartient ayant sa propre raison d’être et qui sert trois missions principales: agréger l'information, mettre à disposition et créer du lien.

Si, à première vue cette définition paraît plate de sens, il n’en est pourtant rien :

  • La bibliothèque est bel est bien un outil qui permet d’accomplir les missions qu’on lui donne (agréger l’information, mettre à disposition et créer du lien);
  • Ces missions sont effectuées en adéquation avec les particularités, besoins, envies et nécessités de l’institution ou de la communautéEtroitement liée à la notion de culture, une communauté est un groupe d’individus consciemment liés par au moins une variable (Lankes, 2017 ; 2012, p. 75). Par exemple, la localisation géographique, la langue, les coutumes, un mode de vie, une vision du monde, des intérêts communs ou des valeurs communes. pour laquelle la bibliothèque a à été conçue;
  • La communauté ou l’institution définit une raison d’être propre à la bibliothèque. Cette raison d’être est évolutive et sert les besoins, les envies et les nécessités de cette communauté.

Si l’on définit parfois la bibliothèque simplement comme « le lieu où travaillent les bibliothécaires », vous avez peut-être remarqué que le bibliothécaire n’a pas été mentionné dans cette définition. C’est parce que je pense que bibliothèque et bibliothécaire, bien que liés, sont deux concepts distincts qu’il convient de de définir séparément Voir Qu'est-ce qu'un bibliothécaire ?.

Cette définition semble peut-être minimaliste. Non seulement c’est le cas, mais cela est voulu. La définition a été pensée pour s’intégrer dans une vision plus large d’une future société des communs. En effet, dans cette société l’un des éléments constitutifs seront les réseaux. En tant qu’outil “minimal”, la bibliothèque deviendra le bloc de base de ces réseaux. Les bibliothèques deviendront les noeuds par lesquels transiteront les connaissances et les informations. Dans cette vision, les bibliothèques organisées en réseaux de réseaux seront les outils qui permettront d’agréger l’information, de mettre à disposition et de créer du lien entre les communautés.

Bibliographie

Cet article est principalement issu du travail de Bachelor de l'auteur. Il en présente une synthèse du premier chapitre et de sa conclusion. Mandaté par la Médiathèque Valais, le travail aboutit sur la création d’un modèle général pour la bibliothèque : la bibliothèque plateforme. Le modèle est décliné sous la forme d'un exemple pour la création d’un makerspace à la Médiathèque Valais. Loin d’être une révolution, le modèle formalise et synthétise les avancées et les savoir- faire acquis depuis des centaines d’années par les bibliothécaires en considérant les évolutions de la société du XXIe siècle. La bibliothèque devient une plateforme facilitant la création, la diffusion et le partage de culture entre créateurs et utilisateurs de culture. Elle agit ensuite comme un hub communautaire ayant l’infrastructure nécessaire pour capitaliser et pérenniser cette culture.